Le château de Chassay

Le château de Chassay : de la résidence de campagne des évêques de Nantes à l’Hôtel de Ville

 

« Vous saurez donc qu’au temps jadis, Chassay était l’habitation privilégiée, préférée et chérie des évêques de Nantes ; que c’était leur Versailles, leur palais d’été ». Eugène Carissan Fils, professeur d’histoire1

 

pucesbleuespetitChassay, résidence des évêques de Nantes
Selon Eugène Carissan Fils, qui s’inspire des écrits des historiens Travers2 et Ogée, la construction d’un premier manoir remonterait à 550, année de l’accession de saint Félix au trône épiscopal de Nantes. Toutefois, aucun document d’archive ne l’atteste. En revanche, en 1076, l’évêque de Nantes, Quiriac, donna à son frère Benoist, abbé de la puissante abbaye de Sainte-Croix de Kemperlé, une de ses métairies à Chasseil (ancien nom de Chassay). Ce qui prouve qu’au XIe siècle, les évêques de Nantes possédaient des terres dans cette paroisse. Un autre document, daté de 1096, évoque le château que les évêques possédaient à Chasseil. En 1461 (date imprécise), l’évêque Amaury d’Acigné fit enclore le château de douves et de fortifications par peur des représailles du duc de Bretagne, François II, auquel il refusait de prêter serment de fidélité et d’allégeance. En 1462, suite à cette querelle, le duc de Bretagne confisqua tous les biens de l’évêché (y compris Chassay) et chassa Amaury d’Acigné de Nantes. Il semble que François II transforma alors Chassay en pavillon de chasse. Anne de Bretagne, fille de François II et reine
de France, dut y résider à l’occasion. En effet, à la fin du XVIIIe siècle, un paysan découvrit (dans le chemin qui passe devant le château) une boucle de ceinture en or ciselé portant un chiffre et une inscription prouvant que l’objet appartenait à la duchesse Anne.
Chassay revint à l’évêché probablement en 1500, l o r s q u e G u i l l a u m e Guéguen, protégé d’Anne de Bretagne, devint évêque de Nantes. L’évènement historique majeur que connut le manoir fut le passage d’Henri IV et de sa suite, le 13 avril 1598, qui vint dîner en compagnie de l’évêque avant son entrée à Nantes où il devait signer le célèbre édit (le 30 avril 1598).

 

pucesbleuespetit13 avril 1598 : Henri IV est reçu à Chassay
Avant la signature de l’Édit de Nantes, Henri IV, roi de France, fut reçu au château de Chassay, le 13 avril 1598, à l’invitation de l’évêque Philippe du Bec. C’est un ouvrage collectif de 1882, Nantes et la Loire-Inférieure, qui apporte le plus d’informations sur la visite d’Henri IV à Chassay. En effet, dans cet ouvrage, considéré comme «l’un des grands classiques du régionalisme», un texte d’Eugène Carissan Fils retrace en détail l’histoire du Château de Chassay et du passage du roi : «Philippe du Bec, chaud royaliste, demanda au roi de vouloir bien honorer de sa présence sa terre de Chassay, (...) avant d’entrer à Nantes. Henry y déjeuna en effet, avec Nouel, archevêque de Reims, Charles Miron, évêque d’Angers, les ducs d’Elbeuf et d’Epernon, le comte de Schomberg et la charmante Gabrielle (d’Estrée). Les notables de Nantes vinrent y complimenter le roi, lui apporter les clefs de la cité et des présents pour Gabrielle (...) : un petit baril de noix confites, six paires de gants ambrés, des confitures sèches, et six oiseaux canariens merveilleusement apprivoisés, qui avaient coûté vingt livres parisis avec leur cage».

 

pucesbleuespetitUn château de style renaissance
Le corps carré au centre de l’édifice avec ses tourelles carrées en encorbellement date de la deuxième moitié du XVIe siècle car son architecture est de style renaissance italienne. Les deux ailes symétriques semblent avoir été ajoutées, peut-être autour de 1750. Vers 1600, l’évêque Charles de Bourgneuf de Cucé fit bâtir une chapelle qui n’existe plus aujourd’hui, mais qui se trouvait approximativement à une centaine de mètres au nord du château actuel. En 1683, dans les déclarations fournies par l’évêque de Nantes, Gilles de Beauvau, pour la réformation de ses domaines, on apprend que Chassay consistait alors en un manoir noble qu’il nommait «de Chessail» et un petit château qu’il nommait «de Chassais». Le premier a disparu à une date indéterminée. Seul le petit château (l’actuel château de Chassay) a su résister au temps au milieu de son jardin et de ses larges douves. Le grand manoir3 était constitué de trois corps de logis contigus, et possédait de nombreuses dépendances : jardins, serre, métairie, pressoir, étables, écuries... Il semble qu’il était situé au nord du petit château qui constitue la partie ancienne de l’actuel hôtel de ville. Selon Raphaël de Bondy4, la fontaine placée au centre du jardin côté ouest, possédait, pour les populations voisines la vertu de guérir les maladies des yeux.

 

pucesbleuespetitAprès La Révolution Française
Le 27 janvier 1791, le château, en tant que résidence épiscopale, et l’ensemble du domaine furent vendus comme bien national à l’armateur Dubois-Violette pour 109 000 livres. Celui-ci le revendit moins d’un an plus tard. Plusieurs propriétaires se succédèrent ensuite, laissant le château dans un état déplorable. Ils firent couper les plus beaux arbres du domaine pour payer leurs dettes, et, d’après les témoignages des anciens recueillis par l’abbé Grégoire (curé de Sainte-Luce de 1896 à 1907), l’un d’eux, pour échapper à ses créanciers, alla même jusqu’à faire enlever les deux passerelles jetées sur les douves et finit par se pendre dans une des salles. En 1827, Mme de Fresnais de la Briais, comtesse Charles de Bondy, acheta Chassay. La famille en resta propriétaire jusqu’en 1942, date à laquelle elle commença à vendre une partie du domaine par lot pour le maraîchage et le logement. C’est la famille de Bondy qui fit orner la façade côté jardin de ses blasons, de macarons et de têtes d’animaux (un sanglier, un chien, un renard et des lions). En 1956, Mme de Frémond5 vendit le domaine à l’union des seize coopératives de Loire-Atlantique qui y installa un centre d’élevage et d’insémination artificielle. Des bâtiments de fermes, des logements, des bâtiments administratifs, des stalles, des hangars et des rings d’exposition furent construits dans le respect maximum du site. Le centre accueillit jusqu’à cent reproducteurs. En 1974, la commune acheta le château 270 782 francs (les terrains et les bâtiments furent obtenus dans le cadre des équipements dus par les lotisseurs) et y transféra ses services en 1975. Celui-ci devint rapidement exigu pour les services municipaux d’une ville en plein essor démographique, et en 1987, la ville décida de réaliser un nouvel hôtel de ville dans le prolongement du château de Chassay. La partie moderne, dessinée par le cabinet 3A, est entrée en service en mars 1989 et a été inaugurée le 30 juin de la même année.
Ce château n’est pas classé aux Monuments Historiques, mais en tant qu’élément essentiel du patrimoine lucéen, il fait l’objet, dans les années 90, d’importants travaux de ravalement et de restauration.

 

pucesbleuespetitLa devise du château
La devise du château est inscrite sur le blason décorant le balcon situé au-dessus de la porte d’entrée, côté ouest. C’est la devise de la famille de Bondy, propriétaire du château de 1827 à 1956 : «Aspera non terrent» : «Ne pas craindre l’adversité»

 

 

1 Extrait de l’article sur le château de Chassay, paru dans Nantes et la Loire-Inférieure (ouvrage collectif, «Chassay», article d’Eugène Carissan Fils, professeur d’histoire, éd. J.P. Gyss, 1845).

 

2 Travers «Histoire des Evêques et du Comté de Nantes», 3 vol.

 

3 Dans les déclarations faîtes pour Sainte-Luce, on trouve une description du domaine de «Chessail» (Chassay), sur lequel se tenaient «le grand manoir de Chessail» et «le petit château de Chassais». Seul le petit château a résisté au temps. Il abrite aujourd’hui une partie de l’Hôtel de Ville.

 

4 «Une visite au manoir de Chassay» par Raphaël de Bondy, paru dans la Revue de Bretagne et de Vendée, premier trimestre 1871.

 

5 La famille de Frémond s’allia à la famille de Bondy par mariage entre un fils de Frémond et une des filles du comte de Bondy.

 

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